Le 28 janvier dernier, le lycée Louis-Le-Grand a accueilli, à l'invitation de la PEEP-LLG, plus de soixante dix Grandes Ecoles (littéraires, administratives, commerciales et scientifiques) ainsi que plusieurs universités (droit, médecine, étranger,...). Ce sont généralement les élèves eux-mêmes (souvent anciens de LLG) qui ont présenté les cursus, les spécificités, les débouchés.. de leur école ou université.
Grâce à une organisation sans faille assurée par les parents bénévoles de la PEEP-LLG qu'il faut remercier, cette journée a attiré près de 1200 élèves et parents d'élèves malgré les difficultés d'accès ce jour-là à Louis-Le-Grand : en effet d'importantes restrictions de circulation avaient été mises en place dans le quartier latin car le président chinois Hu était reçu au Sénat et visitait la Sorbonne. Pendant cette journée, le nouveau T-shirt Louis-Le-Grand entièrement imaginé par la PEEP-LLG a été présenté et près de 350 élèves l'ont déjà adopté.
Cette manifestation s'est terminée par un grand débat. En lisant la suite de cet article, vous en connaîtrez les principaux enseignements.
Pour répondre à la question qui clôturait cette année la journée des carrières « trajectoire privée, parcours public : le choix d’une carrière », la PEEP6LLG avait réuni des représentants du secteur privé et de la haute fonction publique, dont certains occupent aujourd’hui des responsabilités au plus haut niveau au sein d’entreprises privées, après avoir passé un certain nombre d’années au service de l’Etat:Henri de CASTRIES (HEC-Ena, président du directoire d’AXA après neuf ans comme inspecteur des finances), Philippe DELELIS (Conservatoire de Lille en écriture-Ena, avocat associé chez Denton-Wilde-Sapte, romancier, Pt du pôle universitaire Léonard de Vinci après douze au service de l’Etat dans divers ministères), Gabrielle GAUTHEY (X-Télécom, membre de l'ART, Autorité de Régulation des Télécommunications), Jacques GLOWINSKI (pharmacien, administrateur du Collège de France, membre de l'Institut), Bernard RAMANANTSOA (SupAero-MBA, directeur général du groupe HEC), Gabriel RUGET (Ulm-doctorat de mathématiques, directeur général de l'ENS Ulm), Anne-Claire TAITTINGER (IEP-DESS urbanisme-CPA, Pdg du groupe du Louvre) et François VILLEROY de GALHAU (X-Ena, Pdg de CETELEM, après quinze ans comme inspecteur des Finances et notamment ancien directeur général des impôts).
Deux axes de débat leur étaient proposés par Jean de BELOT, directeur de la rédaction du journal Le Figaro. Le premier concernait le profil des formations supérieures les plus susceptibles de répondre aux défis de demain (construction européenne, reconfiguration du secteur privé), le second abordant le sujet qui fâche, à savoir les différences de rémunérations entre privé et public et les nécessaires adaptations de ce dernier. Souvent riche et animé, quelquefois polémique, le débat a mis en lumière quelques conseils ou principes que ces « anciens » ont tiré de leur expérience et proposé comme pistes de réflexion possibles aux élèves de Louis-Le-Grand.
Les vieux schémas ne sont pas reproductibles.
La césure qui distingue encore fortement public et privé est en passe de s’estomper à l’exception des activités de recherche. Le véritable débat oppose en réalité ce que Gabriel Ruget appelle une version « villageoise » à une vision internationale de la société. Le modèle français d’une carrière en deux étapes,- l’arrivée à un haut niveau de responsabilité dans le secteur privé associée à un niveau de rémunération élevé succédant à un profil financier modeste mais à un poste de prestige au service de l’Etat,- est désormais obsolète comme le fait remarquer F. Villeroy de Galhau. Le programme de réformes de l’Etat que chacun appelle de ses vœux conduira en effet celui-ci à adopter un profil de management et d’action semblable à celui des entreprises du secteur privé. Dès lors on peut penser que les règles du passage du service de l’Etat à des fonctions privées deviendront de plus en plus souples. On doit néanmoins regretter comme le fait remarquer J. Glowinski que les futurs hauts fonctionnaires ou dirigeants d’entreprise accomplissent un parcours encore très scolaire où ils restent à l’écart des activités de recherche, leur ignorance expliquant une partie du retard français dans ce domaine.
L’impossibilité de programmer une stratégie de carrière
Dans un environnement de plus en plus mouvant, où l’on ne peut prévoir l’évolution des secteurs d’activité et où les missions de l’Etat sont appelées à connaître de profondes remises en cause sans que l’on puisse en préciser le rythme, l’idée selon laquelle on pourrait anticiper, sans risque d’erreur, une stratégie de carrière n’a plus lieu d’être. Encore moins la prétention à fixer celle-ci en fonction d’une échelle de rémunérations, même si, comme le fait remarquer J. Glowinski, les hauts fonctionnaires sont loin d’imaginer la pauvreté indiciaire de la grille de rémunération des métiers de la recherche. .
« Il faut, particulièrement si l’on est une femme, ne pas hésiter à saisir toutes les opportunités qui s’offrent à vous, même si celles-ci vous paraissent en un premier temps excéder vos capacités », insiste Anne-Claire Taittinger.
Certes, la haute fonction publique demeure un modèle d’excellence mais la complexification de l’environnement économique et la diversification des filières font apparaître d’autres filières d’excellence possibles. Comme le souligne B. Ramanantsoa, la formation sera désormais permanente, particulièrement dans les métiers les plus techniques où les connaissances évoluent constamment. On ne peut donc plus projeter sa carrière selon un profil immuable qui soit fonction du niveau de diplôme initial.
Cette mobilité des carrières se traduit à travers le périmètre géographique et linguistique que seront amenés à parcourir durant leur formation les futurs cadres dirigeants de grandes sociétés comme les futurs hauts fonctionnaires.Tous s’accordent à reconnaître l’atout que représente aujourd’hui la pratique de plusieurs langues, en particulier du chinois, et de l’expérience à l’étranger, G. Ruget rappelant, s’il en était besoin, que l’étranger est un vaste monde qui s’étend au-delà des Etats-Unis. « Parler une langue est une infirmité. En parler deux est normal. En parler trois donne un léger avantage compétitif » affirme H de Castries.
Le 1er diplôme est celui qui compte.
Il faut donc, selon Philippe Delelis, viser à privilégier une formation généraliste la meilleure possible, assise sur les bases d’une forte spécialisation, ce que confirme Bernard Ramanantsoa et qu’il traduit aussitôt par l’axiome suivant : «le premier diplôme doit être le plus élevé possible.»
Cultiver son jardin… et ses passions
« Le diplôme est un escabeau, pas un ascenseur » (H. de Castries), autrement dit, il est important, mais n’est pas suffisant.
La réussite professionnelle dans la mesure où elle met l’accent sur les qualités personnelles et le contact avec les autres condamne désormais les personnalités lisses et les profils stéréotypés. Conserver un jardin secret, cultiver ses passions, exceller dans l’inutile, développer des formations antagonistes, savoir s’exprimer et dialoguer, permet non seulement de résister à la pression des études et de travailler avec plaisir mais est un atout essentiel pour votre future vie professionnelle. Une mention particulière concerne les jeunes filles encouragées par A-C. Taittinger comme par G. Gauthey à poursuivre avec la même ténacité dans la vie professionnelle les efforts entrepris au cours de leur parcours scolaire, G Gauthey insistant pour qu’elles n’hésitent pas à emprunter des filières permettant d'intégrer des grandes écoles scientifiques.
Comment s’orienter dans l’avenir :
Les quatres leçons à retenir pour le choix d’une carrière s’énoncent en quatre adages selon Henri de Castries :
-ne pas chercher à reproduire les modèles du passé mais explorer des voies nouvelles.
- valoriser davantage sa personnalité que les filières. Etre soi-même certes, mais faire ce que l’on fait avec passion.
- le savoir est essentiel mais le savoir-être l’est au moins autant, notamment lorsqu’il s’agit de diriger des équipes.
-le passage, même prolongé, par l’étranger est au nombre des expériences indispensables pour comprendre le monde dans lequel nous vivons et agissons.
Relativisant l’angoisse du choix, F. Villeroy de Galhau explique que le bon ou le mauvais choix (notamment entre le privé ou le public) n’existe pas. Mais une fois celui-ci effectué, il faut s’y tenir et tout faire pour qu’il soit le bon. « Pour la plupart d’entre vous, concluait-il, la différence dans la durée ne se fera pas dans la tête mais sur les quatre autres organes : le nez (le jugement), l’oreille (la capacité d’écoute), les tripes (le caractère), le cœur (la capacité à aimer les gens et à communiquer votre passion). Souhaitons que vous suiviez ici l’école du cœur ».
C’est sur cette belle conclusion que s’est achevé ce débat de haute tenue dans lequel chacun a pu exprimer sa sensibilité par rapport au thème choisi et surtout donner aux élèves de Louis-Le-Grand de précieux conseils pour leur avenir.
Pour tous renseignements, Victoire Adam (06 87 93 26 56), Michel Cadars (06 63 24 62 54)
Permanence PEEP-LLG: 01 43 26 25 59 e-mail: peepllg@free.fr
Henri de CASTRIES, président du directoire d'AXA, parent d'élève de LLG
Philippe Delelis, avocat chez Denton-Wilde-Sapte, président du pôle universitaire Léonard de Vinci et auteur notamment de "La Dernière Cantate" édité chez Jean-Claude Lattès et de "Meurtres à Moscou" chez Calmann-Lévy.
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